QUELS SONT LES FACTEURS DÉCLENCHEURS DE LA MIGRAINE ?

Que l’on soit migraineux ou non, nous avons tous déjà entendu parler de facteurs déclenchants.

Dans un précédent article, nous avions validé ou invalidé certains préjugés et mythes sur le froid. Aujourd’hui nous allons démêler le vrai du faux des préjugés et mythes sur les facteurs déclenchants la migraine. Pour mieux les comprendre, nous verrons d'où viennent ces mythes et nous allons revenir sur les connaissances actuelles concernant la physiopathologie de celle-ci. 

La cause de la migraine réside dans le cerveau (plus précisément dans l’hypothalamus, la substance noire, la face dorsale du pont et le système limbique) (7, 8).

 

 

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«La migraine est une affection cérébrale à prédisposition génétique.»

 

 

1. Les déclencheurs ou syndromes prodromiques? 

 

La physiopathologie s’avère plus complexe qu’on ne le pensait auparavant. 

 

Une crise se compose de quatre phases: 

  • La phase d’aura (qui survient chez 20 à 30% des patients migraineux) 
  • La phase de céphalée étaient déjà bien connues.
  • Aujourd’hui, il apparaît qu’il existe un signe avant-coureur de la phase d’aura, appelé «phase de symptômes prémonitoires» ou «phase prodromique» 
  • Une «phase postdromique» suit la phase de céphalée (Figure 4). Les symptômes prodromiques comprennent: fatigue ou bâillements sans raison, plus grande sensibilité à la lumière et au bruit, soif et «fringales» (envie de sucreries, petites faims) et douleur dans la nuque. Cette phase peut durer de quelques heures à plus d’une journée avant que le véritable mal de tête n’apparaisse (qui «force» alors le patient à se reposer).

 

Différentes études (8) ont en effet démontré que, chez les patients qui reconnaissent ces symptômes prémonitoires, des changements décelables par imagerie surviennent déjà au niveau de l’hypothalamus pendant la phase prodromique. «Notre cerveau doit traiter énormément d’informations. Il filtre pour éliminer beaucoup d’éléments visuels et auditifs car ceux-ci sont considérés comme non pertinents: en conséquence, ces informations n’arrivent souvent même pas jusqu’à nous. 

Chez certaines personnes (qui ont une prédisposition génétique), une surcharge du cerveau en raison d’une entrée trop importante de signaux entraîne des symptômes d’alerte qui précèdent la céphalée de la crise de migraine: le filtrage est moins efficace et le bruit et la lumière commencent à devenir gênants au cours de la phase prodromique», explique le Pr Paemeleire. 

Les «fringales» sont facilement interprétées comme le facteur déclenchant de la migraine par l’entourage, alors qu’elles sont en réalité déjà des signaux d’alarme d’une crise en préparation. 

Le symptôme prodromique de douleur dans la nuque explique pourquoi de nombreux patients pensent que la migraine trouve son origine dans cette zone. « l’hypothalamus joue un rôle crucial ! Lorsqu’on sait que l’hypothalamus est le “chef d’orchestre de l’homéostasie” et qu’il intervient dans des processus tels que le système nerveux autonome, le système hormonal, le sommeil, la gestion du stress (via les systèmes limbiques), les fringales, etc., le lien avec les facteurs déclenchants et les symptômes d’alerte devient plus clair. 

De nombreux symptômes interprétés comme des déclencheurs peuvent déjà être des symptômes prémonitoires», poursuit le Pr Paemeleire. Les symptômes prodromiques comprennent donc une sensation d’épuisement et/ou les symptômes d’une gueule de bois et peuvent parfois durer plusieurs jours.

 

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2. Les déclencheurs ou facteurs de risque de la migraine ?

 

«Il convient de faire la distinction entre les triggers (facteurs déclenchants) et les facteurs de risque.

Un déclencheur provoque le début d’une crise (réaction rapide: je bois de l’alcool ce soir et j’ai une crise de migraine demain matin). Un facteur de risque agit à plus long terme.

Par exemple: un divorce ne déclenche pas une crise de migraine en une nuit, mais il représente bel et bien un risque de développer des migraines chroniques à plus long terme à partir d’une céphalée peu fréquente mais existante», clarifie le Pr Paemeleire.

 

3. Quelques déclencheurs et mythes majeurs

 

Le Pr Paemeleire et le Dr van Leeuwen sont unanimes: l’utilisation d’un journal des migraines peut clairement contribuer à identifier les véritables déclencheurs et il est important pour fournir au patient des informations sur sa maladie et l’aider à bannir les bons déclencheurs lorsque c’est possible. Le Dr van Leeuwen souligne que certains déclencheurs spécifiques peuvent être très personnels et qu’un journal des migraines permet de les objectiver. Il n’existe donc pas de «régime anti migraine»!

 

a) L’hygiène de vie

 

Le Dr van Leeuwen insiste sur l’importance de ces facteurs, qui sont de véritables déclencheurs. Souvent, il s’agit de déclencheurs «évitables», ce qui souligne bien leur pertinence:

 

     - sauter un repas;

     - ne pas dormir assez;

     - dormir trop;

     - ne pas bouger suffisamment;

     - rester assis à l’intérieur des journées entières;

     - passer de longues heures devant un écran;

     - vivre de manière irrégulière.

 

b) Le chocolat

Une étude de provocation en double aveugle contrôlée contre placebo avec du chocolat (6), menée auprès de patients migraineux, a eu un résultat complètement négatif. Pourtant, le chocolat est souvent considéré comme le coupable: cela s’explique parfaitement par les «fringales» en symptôme prémonitoire de la migraine! (L’envie de chocolat est ensuite considérée comme la cause.)

 

 

c) La caféine

La consommation de caféine en elle-même n’est pas un déclencheur majeur de migraine. Le manque de caféine en cas de consommation élevée, par contre, peut déclencher une migraine (appelée la «migraine du week-end» chez les personnes qui boivent des litres de café pendant la semaine de travail). 

L’abus de caféine est un facteur de risque de chronicisation de la migraine. Il est recommandé aux patients migraineux de limiter leur consommation de café à deux tasses par jour (l’interdiction totale de la caféine n’a aucun intérêt selon le Pr Paemeleire).

 

d) L’alcool

La plupart des patients migraineux ne savent que trop bien que la consommation d’alcool peut en effet déclencher une crise de migraine. Les individus sensibles doivent donc évidemment l’éviter! L’alcool n’est pas un facteur déclenchant chez tous les patients migraineux, et toutes les sortes d’alcool ne provoquent pas une migraine (le trigger le plus connu et le mieux documenté est le vin rouge [12]).

 

e)  Le stress

Le stress peut être à la fois mental et physique, et le Dr van Leeuwen donne l’exemple du patient qui souffre de «migraines ophtalmiques» après un passage au sauna. La diminution du stress peut déclencher une migraine (cela joue également un rôle dans la «migraine du week-end»).

Les événements stressants de la vie (la perte d’un emploi, la perte d’un proche, un divorce etc.) ne sont pas des facteurs déclenchants de migraine, mais bien un facteur de risque de chronicisation d’une migraine existante. «De nombreux patients sont toutefois convaincus que le stress est responsable de leur migraine, également “parce que quelqu’un l’a dit”», ajoute le Dr van Leeuwen, et elle met en garde les médecins contre la tendance à se laisser entraîner trop rapidement dans cette histoire, car la réalité de la migraine est souvent beaucoup plus complexe que cela.

 

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f) Les médicaments

Les principaux déclencheurs potentiels sont les nitrates, le dipyridamole et les inhibiteurs de la PDE5 (dysfonction érectile).

g) Le glutamate monosodique

Dans la pratique, il s’agit d’un déclencheur bien connu, pour lequel il n’existe toutefois aucune preuve scientifique.

 

h) Les estrogènes

Un déclencheur clairement établi: ce sont les estrogènes qui sont responsables de l’apparition de la migraine menstruelle (typique avant la menstruation et pendant les premiers jours de règles). Les hormones féminines peuvent également jouer un rôle dans les migraines pendant la périménopause .

 

i) La dépression

Facteur de risque pour la chronicisation de la migraine.

 

j) L’apnée du sommeil

Facteur de risque pour la chronicisation de la migraine.

 

k) Tout autre syndrome douloureux chronique

Facteur de risque pour la chronicisation de la migraine.

 

l) La présence de gluten et de lactose dans l’alimentation

Rien n’a (encore) été démontré pour ces déclencheurs (très à la mode aujourd’hui).

 

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